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Démographie : se positionner dans la Sun Belt européenne

19.05.12 / DÉMOGRAPHIE
Le défi économique de la Catalogne du Nord, confrontée à des caractéristiques démographiques liées au Sud français, produit un panorama social à considérer dans tous ses contours, sous peine de reproduire les errances consécutives à la Mission Racine (1963-1983). La politique mis en place à cette époque par l’Etat français, alors que les leviers socio-économiques n’étaient pas décentralisés comme ils le sont partiellement aujourd’hui, a développé un ensemble dont la cohérence, incertaine, a été seulement modelée en temps réel. La barre des 500.000 habitants, franchie autour de 2019 sur le territoire, invite à l’anticipation d’un nouveau changement de société, non seulement en termes d’accueil des nouveaux arrivants, soit 14 personnes par jour, mais en termes d’équilibrages économiques. Une combinaison semblable à la Sun Belt (« ceinture du soleil ») américaine, serait une réalité réfléchie, pour une démographie positive, sur la base des statistiques et de l’attrait croissant envers les régions du Sud de l'Europe.

Un remodelage du territoire pour une croissance économique en trompe-l'œil

La nouvelle étape de l’histoire des populations de l’aire urbaine de Perpignan, à l’horizon 2030, succèdera à un XIXe siècle marqué par une progression démographique annuelle de 1,1% par an (données Insee) et à la grande charnière du XXe siècle. Cette période, d’abord marquée portée par un solde naturel modéré, a connu une accélération par les apports du Sud : « les immigrants espagnols appelés pour remplacer les combattants de la grande guerre ont représenté jusqu'au tiers de la population perpignanaise » (Insee), puis, après la deuxième guerre mondiale, la croissance constante de Perpignan a occasionné un large débordement sur les communes périphériques. En 1962, l’installation de 15.000 rapatriés d’Algérie à Perpignan a ouvert nouvelle série de croissances, manifestée autour de 1995 par un accroissement des populations du Nord, essentiellement françaises.

L’horizon 2030 offre un large champ d’action à une agglomération de Perpignan comprenant alors tout le littoral, le massif des Albères et les contreforts des Corbières, soit 92 communes (Roussillon historique) et 90% de la population des actuelles Pyrénées-Orientales, soit 500.000 habitants. Cette photographie d’avenir, issue d’un rythme de croissance de 5070 habitants dans la décennie 10, accélérée à 5590 habitants dès l'année 25, convoque une nouvelle lecture de l’appréhension des espaces, par une politique de logements raisonnée et la présence de poumons verts, partiellement anticipée par l’institution. Cet afflux déterminant de population (doublement du nombre d’habitants depuis 1968, où l’on en comptait 282.000), signalera une nouvelle étape décisive pour la personnalité du territoire, dont l’essentiel de la population, soit 90%, sera concentrée dans les zones de l’aire de Perpignan, sur des distances maximales de 45 à 50 km. L’actuelle première couronne de la capitale du Roussillon comprendra 234.464 habitants, et le vieillissement des habitants imprégnera davantage la physionomie du territoire.

Le boum démographique prévu pour 2030 dans l’ensemble de la Catalogne du Nord, alors pourvue de 556.000 habitants selon l’Insee, pour 437.157 habitants en 2010, soit + 27%, surprendrait en cas de comparaison avec les territoires de plus grande échelle. La structure de cette population, pour grande partie âgée et inactive, s’illustrait en 2005, également d’après l’Insee, par la présence de 28 % de plus 60 ans, pour 23 % de moins de 20 ans. Malgré un sentiment persistant selon lequel « L´installation de nouveaux arrivants, en moyenne plus jeunes que la population résidentielle, ralentit le vieillissement de la population », le contraire concerne le Pays Catalan. Mais l'impact positif d'un tel afflux de population, en terme de commerce ou de secteur tertiaire, ne pourrait être qu'un trompe-l'œil, si l'attractivité du territoire se contentait d'un seul type d'immigration, celui de la retraite, faisant de la plaine du Roussillon une exception, encadrée au Nord et au Sud par des régions actives.

Garantir depuis Perpignan le potentiel humain et le développement économique

Le portrait futur des Pyrénées-Orientales, décelable dès 2010, ne peut cependant se contenter d’une continuité peu ou prou subie ou à peine encadrée, dans le sillage des « 50 ans de soleil » produits jusqu’à présent par la Mission Racine, dans une obsession d’héliotropisme destructrice de liens sociaux pérennes. Rationaliser, voire personnaliser le nouveau cycle démographique, cette fois-ci largement annoncé, devient impératif dans une logique de pays à emboîter avec le schéma des métropoles européennes. Si la Mission Racine a affecté des pans entiers du territoire dans une visée, en réalité, peu raisonnée sur place, souvent subie par manque d’anticipation, le pilotage des nouveaux défis échoit à la collectivité institutionnelle, à Perpignan. Contrairement à une idée tenace, propagée depuis la chute de l’industrie des Poupées Bella, en 1981 à Perpignan, une économie productive et exportatrice est possible au soleil, voire même encouragée, aujourd'hui. Ne pas accompagner l'attractivité du territoire (dont le cadre de vie serait alors l'ennemi) vers le développement d'un secteur secondaire et tertiaire de pointe, gourmand en jeunes diplômés, représenterait un véritable gâchis, à l'heure où ces secteurs se localisent de plus en plus dans le Sud français, la Catalogne du Sud et l'Italie.

Associer le cadre de vie agréable au dynamisme économique

La forte présence de populations âgées, en demande d’assistance, crée de l’emploi, et entraîne la juste compensation d’une économie active, sur un espace partagé. Sans cohabitation anticipée, le Roussillon peut devenir une simple maison de repos voisine d’une plage au kilomètre. Jouer la nouvelle carte démographique, basée sur les retraites et les jeunes actifs détenteurs de connaissance, est un atout dont les vertus ont été démontrées ailleurs, à Montpellier comme sur la Costa Brava / Girona. Au plan mondial, l’exemple le plus probant d’une telle réalisation est fourni par la Sun Belt, constituée par une dizaine d’Etat du Sud des USA, dont la Californie, la Floride et le Texas. Car un cadre de vie attrayant, et l’afflux conséquent de populations du Nord, ne s’opposent pas à une économie productive. Cet élan rendrait le Roussillon compatible à l’aire d’influence de Girona. Sans économie productive, de simples services portés aux populations retraitées assujettiraient une partie de la population à l’autre, tandis que le territoire aurait pour seule personnalité celle que lui confère la météorologie. Retenir les jeunes habitants de la Catalogne du Nord et accueillir de nouveaux arrivants impose un renforcement de l’attractivité territoriale, dans un objectif de mutation démographique : un dispositif de formation ou d’intégration de ce potentiel est alors imparable, dans des modalités non plus vues de loin, reçues des ministères dans le meilleur des cas, mais définies et proposées par les collectivités locales, dont l’incidence sur les réalités majeures est appelée à croître dans les deux décennies qui viennent.


   
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